Les dépenses dans l’IA ne ralentissent pas : ce que SK Hynix et Broadcom révèlent de l’essor du secteur
Poinst clés :
La mémoire reste une ressource rare : les résultats records de SK Hynix montrent à quel point la demande liée à l’IA profite toujours aux fournisseurs de composants.
Les investissements continuent d’affluer : le financement de 63 milliards de dollars annoncé pour Broadcom montre que le déploiement des infrastructures d’IA est loin d’être terminé.
Dépenser davantage ne garantit pas de gagner plus : les investisseurs doivent de plus en plus distinguer les entreprises qui tirent réellement profit de l’essor de l’IA de celles qui en financent le développement.
La volatilité des marchés boursiers peut donner l’impression que l’essor de l’intelligence artificielle commence à s’essouffler. Pourtant, les entreprises qui achètent les infrastructures nécessaires à son développement ne semblent pas partager cet avis.
Le 28 octobre 2026, SK Hynix a annoncé des résultats historiques. Deux jours plus tôt, un financement de 63 milliards de dollars avait été annoncé pour acheter des puces Broadcom destinées à Anthropic. Ces deux opérations montrent que les investissements peuvent continuer de croître malgré les soubresauts des marchés. Pour les investisseurs, l’enjeu est de savoir qui en tire les bénéfices et qui en supporte le coût.
La mémoire profite pleinement de l’essor de l’IA
Le sud-coréen SK Hynix fabrique des puces mémoire utilisées dans les smartphones, les serveurs et les centres de données dédiés à l’IA. La mémoire à bande passante élevée (HBM) permet d’alimenter rapidement en données les processeurs d’IA les plus puissants, notamment ceux de Nvidia. Même le processeur le plus rapide perd en efficacité lorsque les données ne lui parviennent pas assez vite.
Au troisième trimestre, le chiffre d’affaires a bondi de 328 % pour atteindre 104 600 milliards de wons sud-coréens. Le résultat opérationnel s’est élevé à 83 300 milliards de wons, soit une marge opérationnelle exceptionnelle de 80 %. Des accords conclus avec 14 clients couvrent déjà plus de la moitié de la production prévue pour 2027 et 2028.
La pénurie donne aux fournisseurs un pouvoir de fixation des prix. Pour SK Hynix, elle se traduit par des bénéfices en hausse. Pour ses clients, elle renchérit les coûts. Et comme les infrastructures d’IA continuent de se développer, la mémoire devient un enjeu stratégique aussi important que les processeurs eux-mêmes.
Les financements derrière les machines
Le fabricant américain Broadcom conçoit des processeurs spécialisés dans l’IA ainsi que des équipements réseau. Le 26 octobre, Bank of America, Citi, Morgan Stanley et Blackstone ont annoncé un financement de 63 milliards de dollars destiné à acheter des équipements Broadcom pour Anthropic, l’entreprise à l’origine de l’assistant d’IA Claude.
Le montage financier est important. Une structure de financement distincte achètera les équipements avant de les louer à Anthropic, les livraisons devant commencer en 2027. Broadcom apporte également des garanties aux créanciers prioritaires contre une éventuelle baisse de la valeur des équipements.
Anthropic ne va donc pas débourser 63 milliards de dollars comptant. Cette opération montre que le financement devient aussi essentiel que la technologie pour soutenir l’expansion de l’IA.
Ce montage soutient les ventes de Broadcom, mais il comporte aussi des risques financiers. Le projet d’introduction en Bourse d’Anthropic, déposé le 26 octobre, permettra d’examiner de plus près si la croissance des revenus liés à l’IA peut, à terme, justifier des engagements financiers d’une telle ampleur.
Les risques : les factures peuvent arriver après la fin de l’euphorie
Les pénuries de mémoire ne dureront pas éternellement. De nouvelles capacités de production ou un ralentissement de la demande pourraient faire baisser les prix et les marges. Les développeurs d’IA doivent également générer suffisamment de revenus pour couvrir des coûts de calcul toujours plus élevés. Enfin, si les puces spécialisées perdent de la valeur plus rapidement que prévu, les garanties accordées par les fournisseurs pourraient leur coûter cher.
Les réflexes à adopter en tant qu’investisseur
- Surveillez le pouvoir de fixation des prix : suivez l’évolution des prix de la mémoire et les commandes à long terme, plutôt que de vous fier uniquement à des bénéfices trimestriels spectaculaires.
- Ne vous arrêtez pas aux dépenses : comparez la croissance des revenus des développeurs d’IA à leurs engagements en matière de calcul et à leur capacité à générer de la trésorerie.
- Gardez un œil sur la concentration des risques : vérifiez si plusieurs positions de votre portefeuille dépendent du même cycle d’investissement dans les infrastructures d’IA.
L’essor du secteur ne garantit pas les rendements
Les investisseurs peuvent se montrer plus sélectifs sans que le développement des infrastructures d’IA s’arrête pour autant. SK Hynix illustre la manière dont les pénuries peuvent se traduire par des bénéfices exceptionnels, tandis que Broadcom montre comment des commandes colossales peuvent être rendues possibles grâce au financement. Il s’agit là de deux sources de valeur très différentes.
À mesure que les capacités de production augmenteront, les tensions sur l’approvisionnement en mémoire pourraient s’atténuer et les coûts des développeurs d’IA diminuer. Les acheteurs en bénéficieraient, mais les fournisseurs qui profitent aujourd’hui de la pénurie pourraient perdre une partie de leur pouvoir de fixation des prix. Par ailleurs, une baisse du coût du calcul ne créera de la valeur durable que si les clients sont prêts à payer pour les services qu’il permet de développer.
La question n’est donc plus simplement de savoir si les dépenses consacrées à l’IA vont se poursuivre. Il s’agit de déterminer quelles entreprises parviendront à dégager des rendements attractifs une fois les factures arrivées à échéance.