Les Midterms peuvent-elles rebattre les cartes de la guerre commerciale ?
Points clés :
- Les midterms pourraient rebattre les rapports de force à Washington, mais pas forcément mettre fin à la politique commerciale de Trump.
- Derrière les droits de douane, les entreprises américaines ne sont pas toutes gagnantes : certaines profitent de la protection, d’autres subissent la hausse des coûts.
- Pour les investisseurs, le véritable enjeu se joue dans les marges, les prix et la capacité des entreprises à s’adapter.
Une victoire démocrate pourrait-elle mettre fin à la guerre commerciale de Donald Trump ? C'est ce que pourraient espérer certaines entreprises et certains investisseurs. Mais le scénario est loin d'être évident.
La Maison-Blanche conserve en effet plusieurs moyens d'imposer des droits de douane, même sans le soutien du Congrès. Le scrutin pourrait donc changer le rapport de force politique à Washington sans faire disparaître les taxes sur les importations.
Un Congrès démocrate peut-il vraiment freiner Trump ?
Les Démocrates sont largement favoris pour reprendre la Chambre des représentants. La bataille du Sénat reste plus incertaine, même si plusieurs prévisions donnent aussi une chance à l'opposition d'y obtenir la majorité.
Un changement de majorité donnerait aux élus démocrates davantage de moyens pour enquêter sur les décisions de l'administration, organiser des auditions et contester sa politique commerciale. Mais il ne suffirait pas à annuler les droits de douane.
Pourquoi ? Parce que le président dispose de pouvoirs importants, délégués par le Congrès, pour taxer certaines importations. La décision de la Cour suprême du 20 février 2026 a bien invalidé l'utilisation de la loi d'urgence IEEPA pour imposer certains tarifs. Elle n'a toutefois pas supprimé les autres dispositifs, notamment ceux liés à la sécurité nationale ou aux pratiques commerciales étrangères.
Une victoire démocrate pourrait donc surtout compliquer la vie de Donald Trump et accroître la pression politique. Pour modifier durablement les règles, il faudrait aller beaucoup plus loin : faire voter de nouvelles lois, surmonter un éventuel veto présidentiel ou obtenir des décisions judiciaires favorables.
En clair, le scrutin pourrait ralentir ou encadrer la stratégie tarifaire, mais pas nécessairement y mettre fin.
Les gagnants de la guerre commerciale sont-ils vraiment gagnants ?
Les droits de douane créent une protection pour certains industriels américains. Mais ils ont aussi un coût pour les entreprises qui utilisent des produits importés.
C'est tout le paradoxe.
- Les producteurs américains d'acier ou d'aluminium peuvent profiter d'une concurrence étrangère moins agressive. Nucor, par exemple, bénéficie d'un environnement plus favorable aux producteurs locaux. Mais la hausse du prix de l'acier peut aussi pénaliser ses propres clients : constructeurs automobiles, fabricants d'équipements ou entreprises du bâtiment.
- Les importateurs et les distributeurs sont directement exposés à la hausse des coûts. Un constructeur automobile qui utilise des composants fabriqués à l'étranger doit choisir entre réduire ses marges ou augmenter ses prix. Sa capacité à répercuter le surcoût devient déterminante.
- Les exportateurs peuvent subir les représailles commerciales de leurs partenaires. Une entreprise américaine qui dépend de ses ventes en Chine ou en Europe peut voir ses débouchés fragilisés par une escalade tarifaire.
Le véritable critère n'est donc pas de savoir si une entreprise est américaine ou étrangère, mais si elle peut absorber ou répercuter la hausse de ses coûts.
La prochaine bataille pourrait déjà se préparer
Le résultat des élections ne sera pas le seul événement à surveiller. L'administration poursuit notamment une enquête commerciale sur les surcapacités industrielles dans plusieurs économies et secteurs. Ses conclusions pourraient déboucher sur de nouvelles mesures, notamment dans l'automobile, les batteries, les semi-conducteurs ou les métaux.
Les négociations avec les partenaires commerciaux comptent également. Le 28 octobre, Washington et Mexico discutaient encore d'un possible accord avant le scrutin, notamment sur les droits frappant les automobiles, l'acier et l'aluminium. Une illustration de la manière dont les tarifs peuvent devenir un outil de négociation, et pas seulement une mesure de protection économique.
Pour les investisseurs, trois indicateurs méritent donc une attention particulière :
- Les nouvelles décisions tarifaires : annonces, exemptions et dates d'entrée en vigueur. Une déclaration politique ne signifie pas qu'une taxe sera effectivement appliquée.
- Les marges des entreprises : coûts d'approvisionnement, capacité à augmenter les prix et perspectives communiquées par les dirigeants pour 2027.
- L'inflation et les taux d'intérêt : les tarifs peuvent alimenter les prix, mais ils ne sont qu'un facteur parmi d'autres. Le 28 octobre, la Fed a maintenu ses taux entre 3,75 % et 4 %, tout en soulignant que l'inflation restait élevée.
Le vrai pari n'est pas électoral, il est économique
Parier sur une victoire démocrate pour anticiper une baisse des droits de douane serait risqué. Le président conserve des leviers importants, les changements institutionnels prennent du temps et les marchés ont déjà intégré une partie des scénarios possibles.
Pour l'investisseur, le plus important est ailleurs : identifier les entreprises capables de défendre leurs marges dans un environnement commercial incertain. Une société protégée par les tarifs n'est pas automatiquement une bonne affaire en Bourse. À l'inverse, un importateur fortement exposé peut rester solide s'il dispose d'un pouvoir de fixation des prix et de fournisseurs alternatifs.
Les midterms pourraient changer le rapport de force à Washington. Mais ce sont surtout les coûts, les marges et les bénéfices des entreprises qui détermineront les gagnants et les perdants en Bourse.